Katyn, le dernier film d’Andrzej Wajda que la critique libre considère déjà comme l’œuvre majeure du cinéaste polonais Andrzej Wajda, est actuellement visible dans une dizaine de salles en tout et pour tout. Une censure scandaleuse qui démontre qu’en matière culturelle et idéologique, le Mur de Berlin est encore bien debout. L’hebdomadaire Rivarol de cette semaine a publié un excellent article de Patrick LAURENT sur ce film qui retrace le massacre de milliers d’officiers polonais exécutés d’une balle dans la nuque en avril 1940. Un massacre attribué – comme d’autres - par le Tribunal de Nuremberg à l’Allemagne, laquelle en porta pendant des décennies la responsabilité jusqu’à ce qu’en 1990 le Numéro 1 soviétique Mikhaïl Gorbatchev reconnaisse officiellement que ces prisonniers de guerre avaient été fusillés par les services spéciaux du NKVD (l’ancêtre du KGB), au grand dam d’une bonne partie de la gauche ouest-européenne. A lire également sur le même sujet la réplique d’Adam Michnik, ancien cofondateur de Solidarnosc, rédacteur en chef du quotidien Gazeta Wyborcza, à l’assassinat du film par le critique du Monde, le 1er avril. Et à (re)découvrir sur l’objectivité du « quotidien de référence » : Le Monde tel qu’il est de Michel Legris.

Dans le domaine du 7e art aussi, il persiste une inégalité flagrante de traitement quand il s’agit d’évoquer les atrocités perpétrées par les deux grands régimes totalitaires du XXe siècle. D’un côté Devoir de Mémoire obligatoire et assourdissant avec flopée de films à l’appui, de l’autre silence gêné et rareté extrême des dénonciations du bolchevisme, « l’hypermnésie du nazisme détournant l’attention de l’amnésie du communisme » selon la belle formule d’Alain Besançon dans son ouvrage Le Malheur du siècle (Fayard). Il y a encore du chemin à faire pour parvenir à la véritable révolution culturelle que constituerait le fait de placer au même niveau d’exécration l’hitlérisme et le stalinisme. Mais il semble que l’on y parvienne tout doucement grâce aux travaux d’historiens non conformistes (entre autres Le Livre Noir du Communisme, sous la direction de Stéphane Courtois) et à des cinéastes intrépides de la trempe du Polonais Andrzej Wajda, 83 ans, dont le 35e long métrage, Katyn, est enfin distribué sur nos écrans après avoir été programmé voici quelques mois en catimini sur une chaîne cinéma de Canal+. Une sortie tardive (et sans doute éphémère) dans un circuit de salles scandaleusement restreint, une quinzaine seulement pour toute la France, qui démontre une fois de plus que s’attaquer directement aux horreurs du communisme reste aujourd’hui encore sujet sensible dans notre beau pays sous influence de la loi du communiste Gayssot pénalisant toute ébauche de discussion des seuls crimes nazis.







Quelque part dans une banlieue américaine, où les vieux pavillons s’alignent le long des petites routes de campagne, vit un vieil homme. Campé par Clint Eastwood, un ancien ouvrier et soldat de la guerre de Corée, Walt Kowalski, assiste à une messe dite en l’honneur de sa femme qui vient de mourir. Debout, drapé dans une triste solennité, il dissimule mal son désarroi. Car sa femme Dorothy, en le laissant veuf, lui enlève également le peu qui lui restait de l’ancien monde dans lequel il a toujours vécu. Cet ancien monde, il ne l’a pas vu partir, et pourtant il ne le voit plus. Tout ce qu’il voit, ce sont ses deux fils, deux hommes balourds qui ont perdu tout respect pour lui, ou sa petite-fille Ashley, l’anneau à la narine, qui préfère la compagnie bruyante et désinvolte de son téléphone portable aux dernières paroles prononcées pour Dorothy.
On nous reproche souvent de ne relever que les mauvaises choses de notre époque et de privilégier nos indignations à nos émerveillements. C’est l’inverse que je vous propose aujourd’hui en vous recommandant par ces temps de crise pas seulement financière de vous payer un tour de Gran Torino. Si vous voulez oublier Lol et autres Cyprien pour voir le meilleur film de ces dix dernières années et donc – pour le moment – du XXIe siècle, foncez sur le dernier Clint Eastwood : il a dégainé son chef-d‘œuvre.